Le mal du pays

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Ça vous prend comme ça. Un jour de ciel bleu. La mairie a fait livrer 100 kilos d’extasy pour illuminer les Parisiens. En tout cas c’est l’explication la plus sensée. Terrasses pleines. Bien sûr. Pelouses envahies, avec vue sur l’immeuble d’en face, ou le feu rouge. Chouette. Et puis il y a cette fille que vous croisez. De grandes lunettes fumées et arrondies. Elle a 20 ans, peut-être plus. Ne porte pas de collants et a particulièrement du s’en réjouir en prenant la décision ce matin. Elle est fine, elle est hyper lookée. Elle porte une barquette de grosses fraises bien rouges. Elle remonte la rue Bolivar. Vers les Buttes Chaumont, c’est évident.

Vous ne savez pas pourquoi, tout ce décor vous donne le vertige. Ou l’envie de rester au fond de votre lit pour ne pas noircir le tableau. Vous n’y croyez pas. Sur moi, ça ne prendra pas, vous dites-vous, fière, moqueuse et soucieuse à la fois. Je sais que ça tient de l’aigreur, j’ai peur que dans la minute j’en arrive à me dire que j’ai raté ma vie. J’attends mais ça ne vient pas. Ça reste là, juste assez pour me faire détourner le regard. Mais continuer à avancer. Juste le mal du pays.

Râler quand il fait gris et qu’on en fait des tonnes sur le ciel immense, c’est logique. Mais se plaindre d’un horizon dégagé et d’un bleu tout à fait acceptable, pourquoi? Il se niche peut-être là, le vrai mal du pays. Quand même le paysage vous fait un clin d’œil amical et que vous lui pestez au visage.

Cette nausée là, n’arrive pas les soirs de blues. Elle vous attrape les tripes au milieu d’une soirée parfaite entre potes. Vous dansez, vous riez, vous vous demandez comment vous feriez pour les laisser si loin si vous décidiez de rentrer. Et puis. Un crochet dans le dos auquel monsieur kilomètre attache une élastique bien solide. Vous n’essayez même pas de freiner des talons. Ça part du bas des reins. Votre corps s’arque vers l’arrière et disparaît en quelques secondes. Dans votre estomac, c’est le bordel. L’instant d’après, vous êtes là. Sur vos deux pieds dans la cuisine de vos parents. Regardant votre mère qui vous sourie. Ou assise à l’avant de la voiture de votre mec. Ça sent la serviette de plage humide et le cœur qui bat. Ça n’a même pas duré une seconde. Vos collègues ne se sont d’ailleurs aperçus de rien. Vous ne savez pas vraiment si vous, oui. Vous savez juste qu’il est là, le mal du pays. Tapis dans votre dos. Prêt à vous casser la colonne vertébrale à chaque minute où tout est réuni pour que tout aille bien.

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