Les évidences et ce putain de ciel immense

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Les jours courent comme des secondes et dessinent goutte à goutte une ligne verte.  Le moment qui devait arriver est arrivé. Après près de trois mois loin de Paris, c’est le temps du billet retour.  Et je suis comme prévu, figée devant cette centaine d’heures prêtes à se dérouler sous mes yeux vaincus. Déni sur déni, je les attrape toutes ensemble, à plein poumons, incapable alors de les retenir vraiment.  Rappelez-moi pourquoi je repars ? Parce que là tout de suite, à part l’angoisse et un paquet de cernes, je ne vois pas.

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Comme il y a trois ans, il y a un siècle, ou comme je ne l’avais  peut-être jamais vraiment fait, cet été, je suis rentrée à la maison.  J’ai mis la tête sous l’eau, une fois, 10 fois, cent fois, expulsé les bulles par les narines, ouvert les yeux, et je suis remontée en poussant sur mes pieds. Mais à chaque fois, tout était encore là : lui, les évidences chassant les pourquoi, et ce putain de ciel immense. J’ai plongé ma tête lourde dans les quatre mers de Bali, dans les 25 criques de Marseille, les eaux du bout du monde de la Camargue et les interminables vagues de l’Atlantique. J’ai repris mon souffle, mais rien n’avait pourtant bougé d’un pouce : lui, les évidences, moi, et ce putain de ciel immense.

Pendant trois mois, j’ai mis mes parents et ma sœur à un coup de volant. Mon mec à un avant-bras maximum, la nuit si je sursaute. J’ai assez vu ma nièce, pour – pour la première fois depuis sa naissance – ne pas voir qu’elle a grandi entre deux visites. J’ai mangé des tomates qui ont vraiment du goût, j’ai pris cinq tons de bronzage, fait 20 barbecues et arrêté de m’extasier devant ce ciel immense.

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J’ai corné des livres, pas lu ceux qu’il fallait, mais ceux qui avait une jolie couverture, ou juste qui trainaient dans la bibliothèque. J’ai savouré la biographie de Benoîte Groult, sans annoter ses réflexions féministes mais en m’étonnant de ses aléas d’Être humain. J’ai vécu avec deux shorts, une paire de tongs, et du vernis à paillettes écaillé sur les ongles. Je n’ai pas mis une seule fois du mascara mais usé 10 tubes d’anti-moustiques. J’ai raté 100 fois le flash info de 8h mais pas une fois la bière de 19h. J’ai presque appris à conduire un bateau, presque oublié que la pluie peut tomber. J’ai fait la sieste, 50 fois, volets clos et maillot encore humide. Ouvert les yeux, une heure, deux ou trois plus tard, et par la fenêtre, dans le soleil brulant de l’après-midi, tout était intacte : les évidences et ce putain de ciel immense.

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J’ai tenu en apnée un maudit week-end à Paris, crochetant naïvement dans les rues désertes de la ville du mois d’août. Trois visites d’appart, mais oui ça va le faire. Merde, le sud m’a redonnée foi en l’optimisme. Idiote, te voilà sans rien, une fois de plus, oubliant que les nuages reprennent avec eux à mi-parcours  de TGV, la facilité du quotidien.  Comme si l’incompréhension ne suffisait pas, c’est encore un nouveau chez moi que je vais devoir bricoler. A la hâte, sans choix en fait, sans désir vraiment, que celui de faire comme-ci. Comme ci tout était toujours à portée de main : les évidences et ce putain de ciel immense.

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3 réflexions sur “Les évidences et ce putain de ciel immense

  1. Une nouvelle fois bravo pour ces jolis mots 🙂 en adéquation totale avec le mois de vacances dans le sud que je viens de passer et le retour programme a Paris pour la semaine prochaine…
    Bon courage a toi pour le retour a la ‘réalité’ !
    Marion

    Envoyé de mon iPhone

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