Ce jour où j’ai repris la danse classique

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«Tu te débrouilles bien. Tu as une bonne tenue. Tu as déjà fait de la danse non?» Touchdown. Un soir de finale de Super Bowl. 50.000 spectateurs prêts à s’arracher leur rein droit à mains nues si je leur demandais là tout de suite. Bon en fait, c’était juste trois meufs adorables et à peu près aussi rouges que moi, après 1h30 de cours. Peu importe. Pour moi c’était tout, je venais enfin de vraiment recommencer à danser.

Il y a environ deux mois, mon impulsivité a vu juste, une fois n’est pas coutume. Un mail Groupon propose 10 cours de danse classique, à une minute à pied de l’opéra Garnier. Pour une somme dérisoire. Délivrés par un certain Guillermo. Ce nom. Dès la première fois que je le lis, je suis déjà prête à déposer des fleurs tressées à ses pieds. La première fois que je lui parle au téléphone, je  répète mécaniquement mes positions de pied tout en frôlant l’orgasme sonore. J’achète.

La première fois que je le vois, c’est mon premier cours de danse. Et je déchante un peu. Il est intraitable, n’envisage vraisemblablement pas d’expliquer les exercices plus d’une fois et en marquant (manière de montrer les pas sans les faire vraiment). Ok. Une heure de barre, et 30 minutes au milieu. Et tout y passe. Sans égard pour toutes celles comme moi, qui n’ont pas revu un parquet depuis cinq ans.  Ronds de jambe, échappés, fondus, adages, accent à l’intérieur, pirouettes et diagonales de déboulés. Ok. Enfiler mon justaucorps taille 14 ans a déjà été un traumatisme en soit – Décathlon s’est fait à l’idée que la danse s’arrête à cet âge – Guillerrrrrmmo a décidé de m’achever. C’est dur, mais au final pas si terrible. Je me déçois moins que prévue.  Les noms des pas me font glousser tant ils me ramènent dans ma vie d’avant. Je ris de moi de me retrouver là, enfin.

danseuse

Enfin, après trois ans au bord de la falaise, m’accrochant péniblement à mes bonnes excuses. Trop cher, pas le temps, horaires de merde. Trois ans à Paris, peut-être la ville où tout le monde rêverait d’apprendre à danser. «Caguette».

Aujourd’hui, il ne me reste plus que trois cases à cocher sur ma carte Groupon, et je me demande comment j’ai pu attendre de revivre si longtemps. Le mot est fort, mais la danse fait indéniablement partie de moi (comme cette dizaine de choses et de gens avec qui je me bats – autre débat). A part une année d’égarement en UNSS Handball (moi aussi je n’y crois pas), j’ai toujours fait de la danse. De mes 5 ans à mes 23 ans, quasiment sans interruption.  Classique bien sûr («on repère toujours une personne qui  a déjà fait du classique», me répétait ma mère), moderne, contemporain, jazz. Trois heures par semaine. Un mois de juin peut-il être consacré à autre chose qu’aux répétitions générales du spectacle? Je vénère carrément ma première prof de danse, attendant encore, quand il m’arrive de la croiser, un égard, un jugement. Qu’elle me reconnaisse (le contraire serait un couteau en plein cœur), et si possible qu’elle me regarde comme la meilleure élève qu’elle n’ait jamais eu, celle qui aurait pu monter sa compagnie aisément mais qui a choisi ses études. Ça, ça n’arrive jamais, soyons clairs, mais je suis capable de voir beaucoup de messages positifs ou négatifs dans ces cas-là. Même les profs que j’ai connues moins longtemps ont une place indéfinissable dans mes souvenirs. Ni sœur, ni amie, ni enseignante ordinaire. Moi qui a toujours besoin d’admirer pour aimer, là, j’étais servie. Et infiniment demandeuse de retours approbateurs. Un peu malsain peut-être, mais une relation nécessaire.

chaussons

Et puis la danse appartient à mes madeleines de Proust familiales. Mes parents nous ont fait écumer les festivals de danse l’été.   Ma sœur m’a précédé dans les cours. «Vous avez les mêmes tics, les mêmes respirations, c’est impressionnant», m’avait dit une prof une fois. La première fois que j’ai vu le Boléro par Béjart, assise dans les rangées du Dome de Marseille avec ma mère, la note finale nous a tuées. Se tournant l’une vers l’autre, nous étions tout simplement sur le point de pleurer.

Alors, évidemment, avec toutes ses valises, sentir à nouveau mes orteils qui se délient et pointent convenablement, c’est l’extase. «Pour tenir en équilibre, imagine qu’un fil traverse ton corps et ressort par le haut de ta tête» me disait Vérane. «Pour réussir ton battement, tu dois soulever tes côtes et tes hanches, pour laisser passer ta jambe» soufflait Sophie. Ou «tout ton corps doit être rigide comme de la pierre, mais ta tête et ton cou doivent flotter». «Respire». «Libère tes côtes avant de plonger en avant». «Fais comme si tu voulais toucher la glace avec ton pied». Ce matin, je me suis répétée chacune de ces phrases et 1.000 autres encore. Et j’ai marqué le plus beau des points d’égo depuis bien longtemps.

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