Ecole «maternelle»: Non, Sandrine Mazetier n’est pas complètement débile

Sandrine Mazetier, député PS, souhaite rebaptiser l’école «maternelle». Terme sexiste selon elle, car, je résume, il renvoie à la notion de maternage, qui impose «une charge affective» et exclut le père de l’enseignement.

A priori, face à ce genre de polémique, je suis plutôt du genre à souffler et à ne pas m’engager. Je ne vais pas mentir, l’affaire du mademoiselle m’avait passablement agacée.

Mais à mieux y regarder, je me dis que ce débat mérite d’exister. La preuve, le défouloir sexiste (pour le coup là c’est sûr) qui a suivi. Deux contributeurs du Plus (plateforme participative du Nouvel Obs) ont inauguré les réactions. Le premier rejoue le refrain du «Y’a quand même plus important à faire !», le deuxième dit à peu près la même chose mais en titrant avec la formule non moins originale : Elle tire une balle dans le pied des féministes.

Sur Twitter, (décidément de plus en plus fin niveau hashtag), on a eu droit au beau #jeparlelemazetier qui, lancé plutôt légèrement, s’est poursuivi dans l’après-midi avec un enchaînement de beaufitude et de facilité. Et si ça vous énerve/ excite autant, c’est peut-être que ça vient toucher au vif vos réflexes misogynes non ?

Oui «maternelle» n’est qu’un mot. Non, tout le monde ne pense pas nécessairement à la connotation féminine en amenant son enfant en cours le matin. Mais les représentations archaïques existent bien. L’imaginaire collectif est construit d’images, de symboliques, de métaphores et de mots. De même que les messages visuels des publicités ont un impact sur votre inconscient, les expressions aussi.

Selon moi, (et c’est là que beaucoup se plantent en jugeant l’idée de Mazetier), il ne s’agit pas forcément de déconstruire tous les schémas brutalement, en mettant un voile sur l’histoire et la nature. Il ne s’agit pas non plus de rebaptiser les maternités, la patrie et tous les mots du vocabulaire français. Arrêtons deux minutes d’ironiser sur tout, et, sur Twitter, de se faire mousser avec un jeu de mot «trop LOL» sans réfléchir à ce que l’on écrit. Au mieux, vous trollez une réflexion qui aurait pu être constructive (le sexisme ordinaire, ça vous parle?). Au pire, on vous verra bientôt réclamer un papa et une maman pour tous les enfants (oui oui, vous penchez sérieusement).

Il s’agit simplement de se poser deux minutes, et de réaliser à quel point toute notre culture est construite sur des bases (et donc des mots, des mécanismes) dont certaines, je crois, ne sont plus en adéquation avec la réalité, ou avec ce que nous voulons dans notre future réalité. Dans le fond, qu’on change ou pas le nom de l’école «maternelle» ne m’importe pas tant que ça, mais que l’on admette que cette représentation est sexiste et révélatrice de dysfonctionnements, oui. Je pense que c’est nécessaire, et ces réactions en sont la preuve.

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2 réflexions sur “Ecole «maternelle»: Non, Sandrine Mazetier n’est pas complètement débile

  1. Je suis ravie de lire ce genre d’article. Hier j’avais un peu l’impression d’être en décalage complet notamment avec le fameux premier argument dont vous parlez « Y’a plus important à faire ! », le même argument que les anti mariage pour tous.
    Je n’avais jamais fait attention à ce terme d’école maternelle mais la question de Mazetier m’a fait réfléchir. Rien que pour cela, sa question n’était pas sans utilité.

  2. ne peut on penser les mots comme concepts? et concevoir que les peres puissent materner (idée de cocon, de sphère de sécurité et de confiance) et que les mères puissent paterner, faire du patterning, c’est à dire montrer le mouvement et donner des modèles? Puisque symboliquement le concept de père est associé à patern, patron, modèle, loi, règles qui protègent des comportements inappropriés guide pour le développement des compétences, accompagne dans l’autonomie jusqu’à ‘émancpation, tandis que la mère est associé à la matrice, la source, la ressource?
    l’école maternelle est un endroit où on commence à se socialiser mais dans un « milieu » articiciellement arrangé pour etre dénué de tout danger.
    ça a du sens, je trouve. A la maison, nos enfants trouvent autant de temps de maternage avec leur père qu’avec leur mère (quand je suis en phase de rédaction de thèse ou d’article, je suis toutes griffes dehors) et ils viennent chercher près de leur mère des notions philosophiques qui leurs sont de bons éclairages pour comprendre le monde. J’ai le clair but dans ces moments de leur donner des armes pour la vie et de faire du paternage…
    en société, le mot n’est pas qu’un radical et qu’une idée, il est aussi un concept. Ne l’oubliez pas car c’est ce qui fait la langue si riche.
    merci .
    SM

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