Lettre de rupture à Patrick Bruel

Lequel de nous Patrick? Puisqu‘il faut faire un choix, comme tu le chantais si bien, «c’est moi qui pars». Ce dernier single est une trahison de trop. La daube ultime.  Je ne vais pas t’apprendre à reconnaitre une lettre de rupture, Patrick. Mais c’est bien cela.

Non Patrick arrête. Non Patrick ne pleure pas. Et puis arrête avec cette voix cassée. T’as toujours pas fini de muer depuis que t’as enlevé ton petit foulard rouge? Patrick, vieillir ne te ressemble pas. Ou c’est peut-être moi qui grandis un peu trop.

Que tu supportes tant le PSG me contrariait déjà. Puis j’ai appris que tu te tapais des meufs 3 fois plus jeunes que toi. J’ai failli tirer un trait sur nous. Puis j’ai su que Goldman faisait pareil. Alors j’ai toléré. J’ai tout fait pour ne pas grincer des dents quand tu portes si mal le costume aux Enfoirés, tout fait pour couper le son quand tu prends la parole à la télévision. Fredonnant frénétiquement Alors regarde dans tes moments d’égarements politiques.

Mais musicalement Patrick… Qu’est-ce qui nous a tués? Je vais pas te faire le coup du «c’est pas ta faute, c’est moi». Tu t’es quand même bien laissé aller depuis quelques années.

1999. Déjà, je remue un peu moins vigoureusement la tête dans ma chambre d’ado, à la sortie de ton nouvel album. Les méandres de J’te mentirais sauvent le tout. («J’te mentirais. Mais à qui d’autres pourrai-je le dire? Sans cette fois vraiment te trahir»). Nunca Mas me rappelle mollement la fièvre de Décalé.


2002
. C’est là que j’aurais dû tout arrêter. Comprendre que l’on ne se relève pas d’un couteau dans le dos. Tu ne t’es pas douté que faire des musiques d’entre deux-guerres allait nous faire plonger? Pourtant, j’y étais dans les allées du Dôme de Marseille, à cette époque. Je n’ai pas baissé les yeux quand tu moulinais J’te l’ dis quand même sur ton orgue de barbarie, ton béret sur la tête et déjà tes kilos de quarantenaire qui débordaient.  Quand tu as dansé cette valse avec cette grand-mère entre les allées sagement assises, j’ai continué à remuer les bras. Ignorant de voir ce qui étais en train de se passer. Mais non Patrick non, trop c’est trop.

2006. Je m’attendais pas à toi me surprend, j’avoue. Je sens la fraicheur amourachée qui te ressemblait tant. Mais notre histoire est pliée depuis bien longtemps. Déjà ta voix éraillée me semble tour à tour fade ou risible.


Non Patrick, je ne suis pas parfaite non plus. Des années que je joue la fan hystéro en soirée. Alors que je sais. Au fond de moi je sais. Je m’accroche aux vieilles reliques de notre passion fumeuse. Je réécoute Combien de murs. Je frissonne. Un verre de vin de trop. Moi et mes 15 ans qui sont bien loin.

Patrick, j’aimerais croire que tout est encore possible. Que rien n’est irréversible. Derrière mes paupières je vois l’impertinence de Bouge, la candeur optimiste de Même si on est fou. La sensualité de La fille de l’aéroport, de Quoique. Tout ça réuni sur un Lâche-toi, clairement jouissif. Les hurlements de Casser la voix, bien sûr.

Patrick, tu les vois ces jeunes filles que tu abandonnes là? Le bas de pyjama retroussé, elles font les 100 pas, pieds nus sur le carrelage de leur chambre. Les sourcils froncés, les poings serrés. A la dernière note, elles se laissent tomber sur le lit défait, la poitrine qui se soulève, les cheveux qui s’étirent sur les draps. Qui d’autre que toi pour faire ça Patrick?


La franchise jetée en l’air de Pars pas. Comme lorsque tu reprends Jef ou On t’attendait. Ta façon de gueuler l’amitié, son impuissance et sa constance, presque plus puissante que tes sonates amoureuses. Patrick c’était trop enlevé, parfois mal écrit, naïf, faussement rebelle ce que tu écrivais. Oui, on le sait tous. Mais qu’est ce-que c’était bon. Je préférais quand tu y croyais aussi. Patrick tu m’as tellement fait pleurer. Aujourd’hui je ne pleure plus. Plus une goutte. Et ça me tue.

Alors, à bout, j’écoute Panne de mélancolie. Croyant y trouver une belle chute pour mon adieu. Et là, je pouffe. Merde tu me surprends encore. Oui, le charme est rompu, mais on se comprend quand même encore un peu. «Ce soir mon stylo fait la gueule. Il y a rien à en tirer. Il préférait quand j’étais seul. Plus facile de chialer».  Bon, je vais pas te la faire à l’envers Patrick, on reste amis?

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3 réflexions sur “Lettre de rupture à Patrick Bruel

  1. Tu m’as donné le sourire avec ton petit post 🙂 On sent la fan qui a vraiment vibré avec l’artiste, la passion, l’intensité. Même si aujourd’hui ce n’est plus pareil, ces souvenirs restent et sont des ornement que tu accroches encore à tes sourires 🙂

  2. Je tombe sur cet article, un peu par hasard … et je découvre (enfin ?) une ex-fan comme moi, qui ne vibre plus non plus… Joliment exprimé. J’ai l’impression qu’au fil des années, Patrick essaye de maintenir cette relation particulière avec son public, à tous prix y compris celui de faire du « même »… Moi qui pensais lui rester fidèle toute ma vie… 😉

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