«Camille redouble»: A voir pour les remords et les regrets

J’adore les films qui n’en ont pas l’air. Que j’ai aimé sans avoir de vrais arguments. Pas de scénario béton dans Camille redouble. Simplement une poésie douce et fantaisiste, à effet immédiat et sans prétention.

Camille a 40 ans les cinq premières minutes du film. Comédienne en plein divorce tumultueux, elle enchaine les rôles peu glorieux sans entrain et se console dans le whisky. Le soir du réveillon, Camille est propulsée 25 ans en arrière. Ses parents sont encore en vie. Son histoire d’amour pas encore en chaos.

Contrairement à Eric Libiot, journaliste cinéma à l’Express, je dirais qu’on oublie vite «la facilité dramatique un peu naïve et gentillette sur l’air du « il faut dire aux gens qu’on les aime pour ne rien regretter »». Pour ne simplement retenir que les échanges, purs frais, et incroyablement émouvants entre les personnages. Si elle arrive ou non à réparer, on s’en moque. C’est sa tentative désespérée qui séduit. Sa bonhommie permanente. Ses constats d’échecs qui chamboulent.  Camille redouble est à voir pour ces regrets et ces remords qu’on ne voudrait presque pas réparer, en fait.

Pour les regrets. Que l’on a tous plus forts que les remords malgré la formule. Les regrets de l’ado bêcheuse qui communique en calque avec ses parents. Des regrets sur lesquels on ne fait jamais vraiment demi-tour. Noemie Lvovsky traduit le fantasme du panache d’une ado qui demande à ses parents «de jurer de ne pas mourir» autour du gâteau de ses 16 ans. Elle dessine justement cet impossible redoublement. Dramatiquement. Pas un «il faudrait que je» mais un «je sais que je ne le ferai jamais».

Pour les remords aussi. Comme Camille. De cette histoire d’amour qui nous a (tous) détruits et que l’on aurait préféré ne pas vivre. De ce temps que l’on estime perdu. Oui, c’est plus facile comme cela, se dire «je me suis trompée», plutôt que «c’était grand, malgré tout. Et j’ai peur de ne plus jamais ressentir cet incendie. Ou justement de le ressentir à nouveau». Dans Camille redouble, les remords se vident de leur sens en même temps que les minutes défilent. «Du passé, Camille n’arrache presque rien, juste une petite sensation maternelle et proustienne volée à ce que le temps défait» écrit justement Jean-Marc Lalanne dans les Inrocks. Plus que de faire machine arrière, le film donne envie de se souvenir. Et lorsqu’on a assez pleuré pour avoir le souvenir collé aux pupilles, Camille redouble donne juste l’envie de recommencer. Sans rien changer.

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3 réflexions sur “«Camille redouble»: A voir pour les remords et les regrets

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