J’ai testé (2/2): Le meeting de Nicolas Sarkozy au Trocadéro

Dimanche, en grande curieuse, j’ai voulu voir à quoi ressemblait un meeting de Hollande. J’en ai fait un billet de blog. Ce mardi 1er mai, je n’ai pas manqué l’occasion, comme promis, de visiter le camp adverse.

14h00: Complètement à la bourre cette fois, je me dirige vers le métro pour rejoindre le Trocadéro. Embouteillage pour atteindre le quai. Ah oui, quatre rassemblements en un jour, ça fait du monde dans Paris. En jetant un oeil sur le plan de métro, je comprends. Denfert-Rochereau, point de départ de la manif des syndicats est sur la même ligne que mon arrêt. Me voilà alors à patienter dans les couloirs , encerclée par des militants décorés d’autocollants CGT. Visage rieur, une femme d’une trentaine d’années arbore une blouse blanche sur laquelle est scotché en rouge «Touche pas à mon hôpital».

Plus loin, un jeune quarantenaire aux joues rosies par la chaleur, a collé sur son pull, manches relevées, un «L’humain d’abord». Malgré les sardines que nous sommes, l’atmosphère est détendue. Sur le quai, je laisse passer trois métros bondés pour finalement me faufiler dans le suivant. «Oh les gars, on est sur la même ligne que ceux qui vont à Trocadero. Ceux qui descendent pas à Denfert, on leur fait Ouuuuuuuhhhh», lance un frais cinquantenaire à la moustache garnie. Toute la rame éclate de rire. Moi je regarde mes baskets.

«En raison des événements, le train ne s’arrêtera pas à la station Trocadero». Marcher, c’est bien aussi. J’essaie de me convaincre et décide de descendre un arrêt avant, à Bir-Hakeim. Plus le métro avance vers l’extrémité gauche du ventre de Paris, plus la foule change. Tout Parisien a pu l’observer en faisant un trajet d’un bout à l’autre d’une ligne. Sur la 6, c’est particulièrement frappant. Des jeunes filles longilignes et faussement négligées entrent, smartphone à la main. En face de moi, une dame au bord de la soixantaine s’installe. Un homme à la carrure hors-norme, vient de s’encastrer à ma droite, empruntant la moitié de mon siège au passage. Je râle sans rien dire en le regardant en biais. Je tourne la tête, celle qui en fait se révèle être sa femme, me sourit très gentillement: «On peut échanger nos places si vous voulez?»

15h00: Je quitte le métro et mes collègues des beaux quartiers. J’emprunte le pont de Bir-Hakeim et atterrit, entre deux rives, dos à une statue, installée en l’honneur de la bataille de Bir-Hakeim (qui en 1942, a vu les «Français libres» repousser l’Afrika Corps) . Une femme en armure, chevauchant fièrement, tend une épée vers la capitale. Je me dis qu’elle ressemble quand même drôlement à Jeanne d’Arc. «Plutôt ironique» me dis-je. Alors que le Front National était il y a quelques heures devant la statue de Jeanne d’Arc, place des pyramides, le chemin menant au meeting de Nicolas Sarkozy, croise celui d’une statue quasi identique. Pour la petite histoire, cette statue représente bien la pucelle d’Orléans. Mais en 1956, le conseil municipal de Paris, jugeant son attitude «trop guerrière», a préféré la nommer sobrement «La France renaissante».

J’arrive à l’entrée des jardins du Trocadéro. Tout est barricadé. Filets rouges et blancs, CRS, notre parcours vers le candidat UMP est clairement balisé. Résignée à marcher encore quelques minutes sous le soleil, j’avance sur les allées. Devant moi, deux femmes, soixante ans bien tassés, discutent, d’un pas décidé. «Tu as vu comme il se bat? Toujours il répond, même s’il fait des erreurs, il est sur tous les fronts, il essaie». Celle de droite, visiblement convaincue par Nicolas Sarkozy, agite sa main énergiquement.

«Moi il me fait de la peine…» répond sa voisine, plus attendrie que combattante.
Hermétique au ton empathique de sa collègue, la première renchérit: «Hollande, quand un journaliste lui a posé la question, il a même pas osé dire J’aime la France, tu te rends compte? C’est une honte quand même!». Occupée à tout noter sur mon smartphone, je les perds une seconde. Quand je les retrouve, elles abordent le sujet «Mediapart». «Oh la la quel méchant journal…». La répartition des rôles n’a visiblement pas changé en mon absence. «Toute façon, Plenel, c’est connu, c’éatit un Trotskiste avant». Le ton de l’après-midi est donné. Avant d’accélerer le pas, j’écoute une dernière fois nos deux compères: «Oh regarde comme c’est mignon, ils ont mis un drapeau français à leur balcon».


15H30: J’arrive enfin, par la gauche de l’esplanade, avec de nombreux curieux / militants. Je déchante très vite. Tout est vraiment bouclé. Un cordon de «no man’s land», sépare la marée de drapeaux bleus blancs rouges, de nous autres, le tout fermement encadré par deux rangées de barrières de chaque côté. Encore une fois, tout est barricadé, inaccessible. Ironie acte II. J’en viens même à me demander comment les manifestants, même pas vraiment visibles de notre retranchement, ont pu arriver face à la scène. Je souffle. J’entrevois une ouverture sur la gauche. Je comprends que la foule est en fait concentrée dans une poche, alimentée par une artère étroite. Au delà, impossible d’envisager voir ou écouter Nicolas Sarkozy. De ma place, ni écran géant ni haut-parleur. Certains ne renoncent pas et entreprennent de contourner l’amas et attaquer par l’arrière. Ne sachant pas trop ce qui m’attends, je les suis.

15h45: Après de très longues minutes de marche sous le soleil, j’arrive donc par l’avenue d’Eylau, un peu étourdie. Depuis la place barricadée du 11 novembre, je n’ai croisé sur ma route que des profils 16e pur jus. Et bizarrement je suis surprise, et assez gênée. Pulls sur les épaules, raies sur le côté, serre-tête, bagues, chaussures bateaux, tous ces gens n’ont très probablement jamais vu un Smic de leur vie. Instinctivement, je repense à cette France populaire, ces «oubliés», ces «sans-grades», que Nicolas Sarkozy évoque à chacun de ces discours. Je les chercherai tout l’après-midi, en vain. «Je ne suis pas le président des riches» avait lancé le prétendant UMP. Non, mais en tout cas, il semblerait que les riches eux, aient choisi leur candidat.

Les abords de la scène sont tout autant lointains de ce côté. Je me dis que peu importe. Après tout, c’est au milieu des militants que je verrai le mieux ce qu’est un meeting, de l’intérieur. «Ho-llande en Co-rrèze! Sar-ko-zy à l’É-ly-sée!», raisonne tout autour de moi. A chaque camp sa petite phrase. Des acharnés essaient encore de se faufiler vers l’avant. Parmi le petit groupe qui passe, un grand jeune homme, dont les traits trahissent une origine orientale, tente de passer. A mes côtés, un père et ses deux fils le regardent traverser, rectus au coin des lèvres. «C’est là que tu te dis, mais ou est passé le karcher?», lance le plus vieux, plutôt discrètement. Ces trois-là dénotent un peu dans le paysage clairement aisé et parisien. Un léger accent du nord, en t-shirt non griffé, et le verbe…très à droite. Une impression quasi-confirmée quelques minutes plus tard. De notre place très excentrée, nous entendons assez mal le discours. «C’est pas Sarko qui parle là?» interroge le père. «Non, c’est Marine» répond le même fils. Sourire entendu des deux. 

16h00: Le plaidoyer de Nicolas Sarkozy touche à sa fin. Je n’en ai entendu, comme mes collègues compressés contre moi, que des miettes. Je repars, un peu frustrée, mais me décide à suivre le flot de chemises rayées, persuadée que le meilleur reste à entendre, et à voir.

J’arpente donc les rues du 16e, entourée de dizaines de militants. Je ne sais pas vraiment où je suis, quel est le métro le plus proche, ni vers où je vais, mais j’avance. Un homme, pantalon rouge, semble être en train de développer une théorie politique à sa femme. Il surprend mon oreille indicrète. Je reste à distance, et me rapproche dès qu’il se retourne. Il parle «ghettoïsation». Celle que je pense être sa femme, semble assez demandeuse, plutôt mal informée. Il prend plaisir à la renseigner, à grand renfort de dates et d’anecdotes. Il évoque la création du Conseil Français du Culte Musulman, censée selon lui «endiguer la montée des extrémismes». Sa femme l’interroge: «Mais alors, d’où viennent ces années de laxisme?». Je ne saisis que des bribes de réponses. Mais perçois: «A force d’ être généreux, au pays des droits de l’Homme, et cetera, on laisse tout faire…». «Sylvie, je vais tourner à droite moi là», lance l’épouse à une dame qui marche quelques mètres devant le couple. Les trois compères se rejoignent, se saluent, s’embrassent, avant que le couple ne bifurque. «On se voit demain, pour le débat».


Je poursuis ma route, immergée dans l’arrondissement le plus chic de la capitale. Le public se disperse toujours progressivement. Pas mal de familles marchent à mes côtés. Toujours dans la même veine. J’atterris finalement au métro La Muette. Lessivée par cette bulle de luxe et de classicisme. Les plus jeunes, t-shirts «Les jeunes avec Sarkozy» chevillés au torse, inondent les cafés. Je reste quelques minutes bloquée devant le spectacle. Essayant de me convaincre de mon impartialité. En à peine deux heures, j’ai revécu cinq ans de faculté de droit. Clichés ou vérités je ne sais pas. Mais certaines images ont la peau dure. 

Publicités

3 réflexions sur “J’ai testé (2/2): Le meeting de Nicolas Sarkozy au Trocadéro

  1. J’etais au meeting de Sarkozy, par conviction et non par curiosité, et pourtant je suis fonctionnaire, de catégorie C, j habite une ville de banlieue à moitié peuplée de gens issus de l immigration, je ne paye pas d impots, je touche même l allocation rentrée scolaire, donc vos clichés à 2 balles sur les électeurs de Sarkozy, arrêtez d en faire une généralité…. On parle sans arrêt d amalgame droite/fn/racisme/fascisme, et bien cessez donc aussi avec celui de droite/sales Bourges et sales riches…. Je ne crois pas au père Noël, donc les belles paroles d hollande, non merci…. Je tiens à mon (maigre) salaire, je vote donc Nicolas Sarkozy !

    • Bonjour,

      Je tiens à préciser que je ne dis pas du tout que les « profils 16e » que j’ai croisés, constituent l’ensemble de l’électorat de Sarkozy. Votre cas ne me surprend pas. Je raconte simplement ce que j’ai vu. Et ce que j’ai vu, à ce moment, dans ce lieu précis, ce sont des gens qui ne correspondent absolument pas à ce que vous décrivez.

      Bonne soirée,

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s