J’ai testé (1/2): Le meeting de François Hollande à Bercy

13h00: J’arrive à Paris-Bercy. «Tu ferais mieux d’y aller au moins une heure en avance» m’avait-on soufflé. J’y suis. Une centaine de militants/curieux patientent déjà en file plus ou moins organisée. Beaucoup sont bien plus rodés à l’exercice que moi apparemment. A l’image de cette famille (les parents et les deux fils d’une vingtaine d’année), mes premiers copains de meeting. Ils sont venus de Seine-Maritime avec leur accent, et une bonne glacière, qui me fera saliver jusqu’à l’entrée. Ils dégainent les sandwichs au pâté, sous mes yeux plus ou moins discrets. J’hésite un moment, mais ne photographie finalement que leurs drapeaux, flottant déjà dans le ciel menaçant.

13h30: La porte s’ouvre. Je m’engouffre entre les délégations de jeunes socialistes (vraiment en masse cet après-midi). Sans trop savoir comment, je me retrouve d’ailleurs à emprunter les dédales sous-terrains avec eux. Visiblement je n’aurai pas dû passer par là. «Vous êtes de quelle fédération? » hurle un membre de l’organisation, à «mon petit groupe». Je baisse la tête, faisant mine de regarder mon téléphone. Et me colle un peu plus à mes «seconds copains de meeting».

Nous arrivons finalement dans la fosse, encore quasi vide. A cet instant, la moyenne d’âge de la salle de concert ne doit pas excéder 25 ans. Telles des petits colons en voyage organisé, ils se rassemblent par fédération. Moment de solitude. Je m’installe finalement sur la première rangée de sièges, à moins de 10 mètres de la scène. Un peu gênée, mais fière de ma performance.

14h00: Je suis assiégée par les MJS des Yvelines. Je me demande à quel moment je vais me faire violemment dégager, moi petit îlot tout de blanc vêtu, au milieux des T-shirts rouges, déjà bien remuants. Ce qui semble être un responsable enjoint finalement le groupe de rejoindre un angle un peu plus loin. La foule qui me rejoint est plus âgée, plus bigarrée. Je devine quelques visages aussi perdus que le mien. Les dix militants qui prennent place juste derrière mon siège seront en fait les plus bruyants de la salle. Et la cible de tous les photographes. Mais ça je ne le sais pas encore.

Le meeting est enfin lancé par les deux maitresses de cérémonie, Najat Vallaud Belkacem et Aurélie Filipetti. Décontractées et «pêchues», elles égrènent les personnalités politiques ou artistiques, présentes dans la salle, avec zoom caméra et ovation du public. Nous irons de Catherine Lara à Eva Joly, en passant par Robert Hue ou Dan Franck. Les deux jeunes femmes, visiblement contentes d’elles-même, organisent un petit ping-pong verbal pour nous annoncer le «défi» qui nous attend. Une ola, «encore mieux que celle du meeting de Vincennes». Ce sera chose faite. Je m’exécute, râlant un peu au bout du troisième tour. Les animatrices de soirée ont repris leur speech, mais certains spectateurs, ne semblent pas oser mettre fin à notre chorégraphie. Alors on continue. Elles lancent la première «première partie». Pep’s débarque sur scène. Viendront ensuite les Neg’Marrons.

Je comprends alors ce que je savais déjà, mais qui là, me sautent aux yeux et surtout aux oreilles. Un meeting (celui-là du moins), c’est avant tout un show. Les militants, venus de toute la France pour soutenir «François», sont déchainés. Beaucoup passeront les quatre heures debout, bras levé, drapeau au vent, et bien entendu, voix saturée. De discours politique, je n’en entendrai en tout et pour tout qu’une grosse heure. Pour le moment, me voilà groupie de concert.

14h50: Alors que Sansévérino a pris la relève, je remarque de l’agitation à ma droite. Ségolène Royal entame une montée dans ma tribune, lourdement encadrée de photographes, gardes du corps et fans. Je me dis que décidément, je suis bien placée. J’avoue, à cet instant, je ne peux contenir un petit pic d’excitation.

15h15: Yaël Naïm fait son entrée. Je me fonds un peu plus encore dans l’ambiance. J’aime le personnage, ce qu’elle dégage et représente. «Bon choix» me dis-je intérieurement.

A mes pieds, un cordon humain de très jeunes socialistes commencent à se former. Visiblement, quelqu’un d’important va faire son entrée. Les pauvres patienteront au moins 30 minutes, main dans la main, et dos à la scène, jusqu’à ce que leur candidat arrive par ce corridor.

15h45: J’ai l’impression que la grappe de militants installée derrière moi, est au bord de l’implosion. Ils seront mes «troisièmes copains de meeting», un peu malgré moi ici. Derrière moi, une petite brune d’une quarantaine bien tassée agite son drapeau de mon oreille droite à mon oreille gauche depuis 10 minutes. Occasionnellement, elle me recouvre le visage avec. Un jeune militant fait un dernier tour pour nous distribuer des drapeaux. Chaque occasion est bonne pour un «Fran-çois pré-si-dent !» ou juste un «Ouaiiiiiiiiiiiiiii». C’est dur.

16h00: François Hollande arrive ENFIN, à l’extrême opposé de la salle. Il avance – très doucement -, dans la diagonale du vide tracée au milieu de la foule. C’est le moment que choisissent mon appareil photo ET mon téléphone pour tomber en rade de batterie. Merveilles technologiques ouai ouai. Le candidat arrive à notre hauteur. Pourtant à quelques mètres, tout ce que je vois, ce sont des flashs, vaguement tenus par des photographes qui se jettent littéralement les uns sur les autres. Je suis scotchée par ce spectacle.

La salle, surchauffée, brûle d’excitation. Tout le monde a son drapeau, sa pancarte, son T-shirt ou les trois à la fois. A un mètre de moi, une femme d’une cinquantaine d’année est assise, jambes étendues. Sa collègue lui fait du vent avec une affiche de campagne. Sa tête vacille sur la droite. Malaise. Elle repartira dix secondes plus tard avec la sécurité, direction l’infirmerie.

Dans l’euphorie générale, François Hollande grimpe derrière son pupitre, pour achever en fanfare, le meeting, dernier grand rassemblement avant le second tour. S’en suit une heure de discours. De bon discours. Avec ce qu’il faut de verve, de poings levés, d’humour, et de sueur. Il harangue la foule, qui réagit avant même la fin de la phrase.

La copine brune qui est dans mon dos lance des «On a ga-gné!». Immédiatement reprise par sa voisine blonde: «Non, on VA gagner, il reste encore six jours!». Celle-ci aura ma palme de la militante la plus bruyante de la journée. Presque discrètement, je me retourne à chaque fois qu’elle lance un encouragement à «son François». Pas bête, elle ne laisse dépasser que ses deux grands yeux bleus, maquillés de turquoise, de sa pancarte rouge.

«Bravoooo François!», «Tu as raisooonnnn!», un vrai dialogue entre elle et le candidat. Historique. Mes moments préférés restent toutes ces fois où le mot «changement» est placé par Hollande. «Nous avons besoin d’un changement…». «C’est maintenant!» répond la salle en choeur (Ma voisine blonde une seconde avant tout le monde). «Parce que le change…». «C’est maintenant!». «Je veux du chan…». «C’est MAINTENANT!». Ok, ça, j’ai bien compris.

17h30: Un come-back flamboyant du candidat plus tard, il s’attarde dans la foule, conquise, serre des mains et signe des bouts de papiers. La salle se vide petit à petit, déversant des flots de militants/curieux dans les rues du 12e. Séchée, satisfaite de la prestation de Hollande, saoulée un peu aussi, par l’engouement de mes voisines, je suis la foule vers le métro, toujours îlot blanc au milieu du rouge. Drapeau roulé dans la main droite, je me promets d’aller tester un meeting du camp adverse très vite.

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17 réflexions sur “J’ai testé (1/2): Le meeting de François Hollande à Bercy

  1. Hollande… et bah! On est dans la merde avec lui, mais les gens se plaindront après ses 5 ans au pouvoir (si il passe). Pauvre France…

      • Oui! Mais les gauchistes s’en rendront compte plus tard… quand on sera dans le cas de la Gréce par exemple 😉 Les gens ont tendance a oublier qu’il est venu au pouvoir en temps de forte crise. Certes, il a fait des conneries mais il reste cepandant le seul a être au pouvoir. N’oublions pas également, que LUI a déjà fait ses preuves dans la politique…

      • hollande vaut rien sa fait 30 qu’il fait de la politique et il a rien fait il propose rien de nouveau et rien d’actuelle c’est un guignol .

  2. Joli article très bien raconté, ça donne vraiment l’impression d’y être ! La comparaison avec un concert, en plus de ta plume, donne bien l’idée de l’ambiance qui y régnait ! 🙂
    Courageuse en tout cas, moi rien qu’en voyant la foule, j’aurais fui !

  3. oui la france serais mieux avec Sarkozy la france a besoin d’un homme qui surporter tous les problème actuelles et pas d’un guignols qui propose rien

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