Les Français sont-ils si tristes que ça?

Attention, billet qui courbe l’échine.

Parfois, lire des commentaires toute la journée, ça donne quand même sacrément envie de pleurer. Ou de s’arracher les ongles à la pince à épiler. Ou de détester les gens.

Agressivité, méchanceté gratuite et surtout, surtout, cette aigreur constante. Qui s’exprime avec tout le nombrilisme du monde.

Chaque sujet est prétexte à déverser un flot de violence telle… Que ça en devient réellement affligeant. Les Français sont-ils si tristes que ça? Je croise les doigts pour continuer de croire que non, les commentaires ne sont pas le reflet de la pensée générale. Non, ce ne sont pas les gens normaux qui viennent commenter. Vous, vous allez souvent réagir à l’augmentation du prix de l’essence ou au dernier sondage qui place Sarkozy en tête? Moi pas. Et pourtant c’est mon métier, c’est dire.

Oui, je l’admets du bout des lèvres mais Alice Antheaume a bien raison, les commentaires sont bien souvent d’un niveau médiocre. Pire, je constate depuis deux ans que je fais ce métier (de Community Manager Éditoriale), que la piètre qualité des commentaires ne varie ni avec le style du journal, sa supposée exigence journalistique ou le type de sujet traité. Oui, j’y croyais un peu avant.

Comment ces gens en sont-ils arrivés à tant de préjugés et de mauvais esprit? L’ouverture des commentaires (et leur glorification avec avènement du « participatif ») n’a-t-elle servi que d’excuse au déversement de toute une haine contenue? Un défouloir anonyme. Parfait quand on y pense. On insulte, on dit ce qu’on pense tout bas, ce qu’on réserve aux cercles de connivences, à des millions d’internautes, avec le sceau de la rédaction.

Comme on va assouvir ses fantasmes maso avec des inconnus avec qui on se permet tout, dans de basses caves sombres, on vient cracher son aigreur à son voisin de commentaire et l’affronter dans une joute stérile, non-argumentée, et toujours emportée. Un jeu de (mauvais) rôles.

Pas de bol (je vous ferais le côté Bisounours / fascinant / excitant de mon job un autre jour), je suis payée pour dévorer (autant rester dans le champ lexical du carnivore) des centaines de commentaires par jour, et essayer d’en tirer la substantifique moelle. Enfin le côté + de la moelle. Et parfois quand le nez se perd entre les points d’exclamations, les lettres capitales, les mots crus, acerbes, xénophobes, gratuits, on courbe le dos doucement sur sa chaise, on plisse les yeux, et on n’a du mal à ne pas être fortement défaitiste sur l’humanité.

[Oui, c’est un peu fort ce que je dis, un peu poussif je pense. On va dire qu’il est 18h30, et que ce soir, je vais rentrer chez moi à l’heure marseillaise. Et demain 9h je serai à mon poste. Avec de quoi écrire tout le contraire. Enjoy]

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6 réflexions sur “Les Français sont-ils si tristes que ça?

  1. Erf. J’ai fait quelques videos sur youtube et je peux te dire que le niveau des trolls est infiniment plus bas que ceux qui commentent sur des articles. Je peux même t’assurer avec un certain serieux que la plupart ne s’embarrassent pas à lire des articles de blogs, et préfèrent juste laisser des commentaires nullissimes (je blogue sur le métissage des cultures, et sur youtube on me traite de raciste, je te laisse imaginer le niveau) sur des vidéos qui sont sensées être humoristiques.

    Bref. Le troll à ses raisons que la raison elle même ignore.

  2. les blogs et autres sites sont devenus les défouloirs .Dans une société qui devient anonyme et où les relations virtuelles remplacent souvent les relations réelles, la place de l’individu devient mouvante , les rapports humains ont changé .De plus la délation a toujours existé , l’homme n’ayant guère évolué elle continue , sous une autre forme .J’ignore si les lettres anonymes ont diminué avec l’avènement et l’expansion du net, car ça me semble du même ordre.Dans une société où les gens ont peur, avec ou sans raison d’ailleurs, l’anonymat est plus facile et il permet de déverser son fiel, hélas .Et il n’est guère possible d’entretenir une conversation utile , agréable et de bon aloi dans des commentaires .La liberté de commenter a son revers aigre , car comme souvent l’individu confond liberté et permissivité, liberté et agressivité. Bon courage

  3. C’est tellement simple de dire des méchancetés par commentaires, bien plus que de les dire en public. Il y a peut être un côté « allez j’ose le dire » qui encore une fois n’est possible que derrière son écran.
    La magie de la facilité implique forcément son côté noire. C’est un peu comme le fameux mythe de Gigès de Platon : si un anneau nous rendait invisible, ne serions-nous pas là à faire les pire atrocités pour servir notre intéret ? Ici, ce serait juste pour se défouler, mais pourquoi pas…

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