Le jet-lag du lundi

Avec tous ces lundis, il fallait bien en choisir un pour vous expliquer ce concept. Une expression qui résume en deux mots, cet espèce de transit immobile du début de semaine. Ou pourquoi le lundi est si dur à supporter.

Selon ton programme du week-end, le jet-lag est d’autant plus important. A te demander ce que tu fais là. Qui est assis à ta place devant ton ordi. Parce qu’une chose est sûre, ce n’est pas toi.

Toi tu est à la terrasse d’un bar, du noir autour des yeux et un verre de vin qui se termine d’un trait. Toi tu es au pied du sacré-cœur, ton appareil photo autour du coup, assise en tailleur sur les marches froides qui surplombent la ville. Toi tu es les pieds dans la boue, le nez qui renifle et les poumons réveillés. Toi, tu es, enfoncée dans ta couette, enroulée dans ton bas de survêtement troué, la tête qui vagabonde.

Ou bien, toi tu es échevelée, de la racine à la pointe des cheveux, qui roulent entre tes omoplates. Tu fermes tes poings dès qu’un collègue vient te parler, de peur qu’il ne remarque ton vernis chocolat défraichi. Si tu étais restée chez toi, comme prévu, ce dimanche, tu n’aurais pas eu à le faire. Et tu aurais pu exhiber des ongles négligemment brillants. Tu aurais pu aussi sourire, sans que les autres ne voient que tes yeux affaissés. Qui ont croisé du mascara, fût un temps.

Toi, tu as une odeur collée dans le cou. Toi, tu confonds le souffle du radiateur et le roulis des vagues. Toi, tu voudrais être marin, explorateur ou éleveur de chèvres. Tu voudrais être assis sur tes talons. Et jeter d’un coup d’un revers de poignet ce mur de livres qui te fait face. Redessiner les contours d’une colline lointaine et verte. N’entendre que le frottement de tes baskets sur la terre caillouteuse.

Toi tu voudrais te mettre en boule sur ses genoux, rire comme une enfant et s’assoupir contre sa joue. Toi tu n’es ni ici ni là-bas. Tu sais que le mardi arrivera comme à chaque fois. Et que, s’il tient par cette magie que tu refuses presque, encore ses promesses, tout rentrera dans l’ordre. Toi, ta chaise, ton mur, tes pieds, tes yeux, leur mascara, tes cheveux et peut-être même tes ongles.

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