La cerise sur le gâteau

Ceci est un papier gentil. Un papier qui ne renâcle pas le neurone en ébullition. Ceci est un papier qui baisse les bras. Mais qui s’en satisfait. Il faut bien s’y résoudre: l’esprit de Noël m’a tourné autour pendant 25 ans, alors cette année il m’a bien eu. Et ma foi, s il ne me lâche pas, je ne râlerai peut-être même pas.

Il ne m’a même pas fait le plaisir de se pointer sournoisement. Non. Pas d’effet de surprise. Il est arrivé avec ses gros sabots de perfection. Un appart’ fraichement Parisien dans la poche. Une farandoles rieuse d’amis passionnants dans les baskets. Un job au goût de ligne d’arrivée triomphante sur les épaules. Une famille patiente au-dessus de sa tête. Une coquillette gracieuse posée au bout de ses doigts. Mille fois plus brillante que toutes les étoiles pailletées.

Les yeux dans mes genoux, je ne suis pas laissée avoir facilement bien sûr. Comme toutes les fins d’années (comme toute l’année?), j’ai abordé ces semaines les sourcils froncés et la moue entortillée. Le cerveau embué. Noël, pour moi, c’est juste un trou noir bancaire. La culpabilité de ne pouvoir (ne vouloir?) m’épuiser en cadeaux. L’hésitation, permanente, entre le je veux, je dois, je pourrais… La sensation d’avoir toujours la meilleure des excuses: je suis débordée. Noël pour moi, dans ces instants, c’était juste l’oubli. L’oubli de tous ces naïfs amnésiques qui voient une magie là où je ne vois qu’une corvée de plus.

Puis sans vraiment trop savoir pourquoi, un soir de décembre, j’ai enfilé mon plus joli serre-tête, le pas léger. Vers le premier repas de Noël. J’ai joué sans doute, à la béate qui se satisfait d’un fond de musique jazzy. Noël pour moi, dans ce second temps, ce fût le pardon. Une éducation catho vous colle plus à la peau qu’on ne peut le croire. Alors on se dit que c’est peut-être fait pour ça, Noël. Pour souffler énergiquement sur ces poussières qui vous piquent les yeux. Pour lâcher un «allez, c’est bon, on passe, on recommence».

Puis j’ai arpenté, les cernes creusées mais les pieds décidés, les allées des grands magasins. J’ai laissé mes mains me guider vers toutes ses possibilités. Et j’ai consommé, compulsivement et dans l’euphorie la plus totale. Avec l’incroyable satisfaction de faire plaisir. Là je me suis dit, Noël c’est peut-être l’abandon. Le laisser-aller qui inonde de son porte-monnaie à son sourire. Être contrariée, de longues minutes, par une soirée « foirée » (deuxième repas de Noël). Avoir l’impression qu’elle pourrait gâcher le fond de votre humeur. Puis juste passer à autre chose. Et ne plus comprendre pourquoi le noir était si noir il y a quelques heures. Le troisième repas de Noël. J’étais bien obligée de lâcher prise. Face à cet énorme bol de bien, de mieux…et bien plus encore. Qu’est ce que l’on peut être con parfois. Borgne et con.

Oui, la formule est laide au possible mais elle est la seule viable: poser son cerveau sur un coin de table garnie, regarder en face les tuteurs qui vous entourent. Et laisser le faisceau tracer un chemin oeil-coeur direct, sans détour par le crâne. Juste abandonner le reste. Je ne dirais même pas réaliser la chance que l’on a. Mais juste constater le rictus qui fait faire un léger sursaut à votre menton. Et oui, tout va simplement bien, en fait. Et l’esprit de Noël, c’est juste la cerise sur le gâteau.

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