Mademoiselle bouge son boule

Il ne faudrait quand même pas tout confondre : femme, féminité, féminisme et rébellion molle ou victimisation. Je m’étais déjà fait la réflexion au moment du « débat houleux » (mais pour quoi faire ?) à propos du diabolique « Mademoiselle » inscrit sur les documents administratifs. Je me suis réveillée en sursaut en apprenant qu’on voulait toucher au si plaisant reggaeton, pour cause de dégradation ultime du popotin féminin. Quand j’ai vu la réaction de RSF à l’agression de plusieurs femmes journalistes en Égypte, je me suis dit que vraiment, on se trompait de combat.

Pour ceux qui n’ont pas suivi, un mouvement de contestation a éclaté il y a un gros mois parmi les assos féministes / blogueuses / twitteuses, contre la case «Mademoiselle» présente sur certains documents administratifs. Le motif étant que cela opérait un distinguo entre les femmes mariés et les autres. Non n’attendez pas la chute il n’y en a pas vraiment. Car le fond du débat c’est juste cela. Alors, oui, c’est vrai, nous sommes le seul pays européen à faire la différence avec les Madames. Non, la suppression de cette case ne me poserait aucun soucis, si on peut économiser quelques arbres, pourquoi pas. Mais pourquoi dépenser autant d’énergie et autant de ces mots si lourds de sens (discrimination en tête) pour ce faux-problème ? Le vrai féminisme c’est quoi au final ? Ne pas supporter que l’on stigmatise les femmes célibataires ? Ou juste assumer pleinement de n’être pas ce «nous» socialement gravé ?

Que certaines se sentent embarrassées parce qu’un inconnu, élève, ou collègue de boulot, leur demande à la première rencontre «C’est madame ou mademoiselle ?», je peux tout à fait le concevoir. Juste parce que cette question relève de la vie privée. Mais, si je ne me trompe pas, il ne s’agissait pas pour Roselyne Bachelot, de mettre en prison tous les goujats qui tiennent à savoir s’ils vous pouvoir jouer au lourd avec vous. Il était juste question d’une case sur des documents qu’aucune de vos connaissances n’aura entre les mains. Une case qui n’empêchera personne de vous mettre dans une case, justement.

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire Reporters Sans Frontières : En six mois, trois journalistes femmes ont été agressées sexuellement au Caire, sur la désormais célèbre place Tahrir. Triste constat que cette terre de révolution soit aujourd’hui salie par des actes aussi vils. Et voilà que la très noble association RSF, a cru que dans ses prérogatives de protection des journalistes et de la liberté d’expression, suggérer aux rédactions de ne plus envoyer de femmes en Égypte, pouvait entrer parfaitement dans ses missions. Oui, suggérer aux rédactions, car le communiqué ne prenait même pas la peine de s’adresser directement à elles (de mémoire les reporters, avec ou sans nénés, ont tout de même une part de libre-arbitre quand «on veut les envoyer» sur place).

Bien heureusement, les critiques ne se sont pas fait attendre. Hommes et femmes, journalistes ou pas, ont hurlé (à raison cette fois), à l’humiliation. Moi je me suis juste dit que RSF était complètement à côté de la plaque. Si défendre le journalisme c’est fuir, stigmatiser, victimiser la femme comme une pauvre chose fragile, alors j’ai dû me tromper de voie.

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’affaire du reggaeton : une polémique a éclaté à Cuba : «doit-on interdire le reggaeton à la mode, la chanson qui fait danser les Cubains ?» Prise pour cible, une chanson « Chupi Chupi » dont les paroles sont : «Donne-moi une sucette, que j’en jouisse, ouvre la bouche, avale tout. Donne-moi une sucette, fais-toi belle et éteins la lumière, voilà la partouze». Pas très fin, je vous l’accorde. S’en est suivi une salve de billets criant au sexisme et à la vulgarité du reggaeton.

D’une, dans ce cas, je voudrais entendre toutes les blogueuses de la terre s’insurger contre les paroles de Fifty Cent et de son «Candy Shop», de Snoop Dog et d’autres rappeurs U.S. De deux, moi, je veux continuer à remuer mon boule, les cheveux trempés, contre le jean d’un mec mignon du samedi soir. Et oui, je me plairais sûrement à fredonner des paroles sexistes à souhait en dansant. Et oui, j’attendrais quand même du gars qu’il ne m’entraine pas violemment dans des toilettes en me tirant par les cheveux. De trois, le machisme sexuel et la vulgarité poussée à l’extrême ne font-ils pas aussi partie du jeu, celui de la séduction et de la sexualité ? Tant que cela reste de l’ordre du sexe, tant que cela ne sombre pas dans le gore ou la violence, pas de mal à mon sens. Et même, à chacun sa notion de l’émotionellement admissible. Il appartient aussi à tous de savoir faire la différence entre ce vaste théâtre que sont les danses afro-latines, et la vraie vie. Si certains n’en sont pas capables, je les laisse de côté. Et ça ne m’empêchera pas de dormir. Ce que je vomis de toute mes forces, ce sont les paroles du très inspiré Booba :  si t’es sérieuse t’es ma meuf, sinon t’es ma pute. Pas de second degré possible là-dedans. Pas de légèreté passagère.

Ellen Johnson Sirleaf est la première femme à avoir été élue présidente d'un Etat africain.

Alors s’il vous plaît mesdames, avant de vous insurger et de réveiller ces législateurs enfoncés dans leur torpeur, gardez juste les yeux grand ouverts sur votre nombril. Oui, car pour moi, le féminisme n’est ni sur un bout de papier, ni dans une chanson provoc ‘, il ne se revendique peut-être même pas. Il est plutôt inscrit en chacune d’entre nous. Depuis ces femmes qui se faisaient avorter dans les arrières-cours. Jusqu’à la fierté de mener (sans avoir le sentiment de partir au front), une carrière brillante. Ma fierté de femme, je la ressens au quotidien, quand je me bats intérieurement pour ne pas devenir un de ces couples sclérosés. Quand j’ose traverser Paris à pied, à 2 heures du matin, le cœur un peu battant mais le pas décidé. Sans bondir dans un taxi au premier chat qui traverse. Quand je ne me pose même pas la question de savoir si mon collègue masculin a plus de légitimité que moi. Quand je tente, encore et encore, de réussir ce satané créneau. Bien sûr et avant tout, quand je regarde, fascinée, des femmes qui n’ont pas eu la chance de la naissance, faire dix fois mieux que moi.

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