Binge Life

Je ne sais pas si c’est la meilleure option. Mais je sais que je ne l’ai pas choisi. L’accélérateur s’est enclenché tout seul. Les gens défilent par la fenêtre, et me renvoient comme des claques des gorgées d’émotions. A 300 km/h, on se laisse emporter. Le vent frais dévoile votre cou et vous pique les yeux. Impossible de parler, on peut simplement pousser un cri perçant, et esquisser un large sourire.

25 dodos dans le Sud. J’ai percuté la glissière de sécurité. 48 heures d’embardées et de haut le coeur. Puis un stop. Un choc. Le moteur brulant s’est emballé. Prévisible. S’en suivent deux semaines doucement subies. Renouer avec de vieilles connaissances. Se rendre compte que la vie peut être différente. Juste reprendre un goût de sérénité qui love l’estomac et gomme les cernes. Sans rien chercher à réparer. Voir une amie. Plus d’une heure. Pas casée dans un trou d’agenda. Revoir cette amie. Avoir le temps de prendre le temps. Passer chez elle juste comme ça, sans rien avoir à raconter de particulier. Et décider de rester la soirée. Et puis finalement dormir là bas. Et petit-déjeuner avec elle.

Se dire que la vraie vie est sans doute comme ça. Comme un bonbon acidulé qui laisse sur votre langue une ombre rosée. Qui sucre vos lèvres pour toute une après-midi. J’ai été bousculé par l’arrêt. Poussée dans une lenteur cotonnée qui vous entoure d’évidence. Au matin j’ouvre les yeux sur mon visage encore endormi. Mes traits sont détendus. Je ne me reconnais presque pas. Je n’ai pas de planning aujourd’hui. Juste un album de variété qui résonne au salon. Juste une cuillère en bois qui agite avec mesure le repas de midi. Juste ma mère qui me sourit. Des riens qui mouillent les yeux. Quand on ne les vit plus.

Je suis remontée dans mon bolide un samedi soir. Le samedi soir le plus crève-coeur de ces dernières années. Un samedi sans mascara, sans vin blanc et sans dernier métro. Un samedi en pyjama où votre valise est entrouverte sur votre vie. Votre vie béante. Et j’ai beau appuyer de toutes mes forces pour la sceller, impossible d’écraser en une heure tous ces jours si parfaits. Le bolide attend, à cet instant il est le seul à savoir que j’ai fait le bon choix. Moi j’ai le sentiment d’avoir lu mon plan de vie à l’envers.

Les 3 heures qui suivent, je les ai vécues par dizaines. Mais cette fois elles durent cinq minutes ou une éternité. Impossible de le savoir. Je regarde mes gâteaux à la cannelle à peine sortis du four. Je les mange compulsivement en réapprivoisant mon iPhone. J’ai accepté mon sort, mais je ne le comprends pas encore.

Vitesse de croisière, ça y est. Merde, je n’ai encore rien vu venir. J’avale des shots de stress, je gobe mes verres de têtes anonymes, de slalom encombré et je remet ma large écharpe. Des shots d’avenir aussi. Je me jette dans le vide 10 fois par jour. Goulue des emotions. Je prends des lampées de tous ceux qui sont là, ceux qui transforment en arc en ciel mon bolide qui file en ligne droite.

Je ne sais pas où est cette place que le sens commun voudrait que j’élise en terre promise. Je sais simplement que je prends en pleine face ces bouts de vie d’autres qui font la mienne. S’endormir à côté d’elle. Se réveiller à côté de lui. Et ne pas oser poser son bras contre le sien. Réaliser devant un plateau de sushis que son analyse vaut tous les kilomètres. Traverser Marseille illuminé dans son camion trop grand et trop bruyant. Redessiner le passé assise à côté d’elle. Le rejoindre dans un Paris qu’il déteste. Comprendre que c’est pourtant lui qui vous a fait tant aimé la ville. La voir aimante et aimée. Disserter sur l’avenir avec lui. L’entendre rire. Redécouvrir son sourire.

Il y a définitivement de moi ici. Il y a encore tout de moi là-bas. Je n’ai pas choisi ce quotidien de fou furieux. Je n’ai pas choisi de prendre le large non plus. Et je refuse de choisir quoi que ça soit. Juste pour ces jours où je sens la vie sortir par tous les pores de ma peau.

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