Une trêve.

Je savais pourtant que je n’aurais jamais dû monter dans ce TGV. Direction la vie, ouai la vraie. Ce train trop-grande-vitesse qui me tire par le col de ma veste noire et me catapulte devant les yeux brillants de ceux qui m’attendent, oui, qui m’attendent vraiment.

Les premiers temps, ces allers-retours sonnent comme des parenthèses de longs dimanches en famille. Le plaisir d’y retourner « de temps en temps, pour retrouver son sud natal », mais l’intime conviction qu’on ne se « verrait plus y faire sa vie ».

Quand les mois s’allongent en année, c’est presque l’anxiété qui guide le trajet. La nécessité animale de regarder filer les kilomètres, de vérifier d’un oeil serein que le ciel se démaquille peu à peu de ses lourds nuages, l’inspiration finale quand la valise roule sur le quai. Et déjà la sensation du départ à venir qui hante vos gestes.

Avec l’été automnal qui sévit sadiquement sur la capitale, s’échapper 72h tient du supplice. Parce que l’on sait que sa peau n’aura pas le temps de brunir comme il se doit. Parce que l’on se doit, dans un numéro malhabile de Rubik’s cube, de cisailler des instants de « retrouvailles » à chacun, quitte à même prévoir le pire : «J’ai adoré, je n’ai rien fait, juste rien pendant 30 minutes au soleil dans mon jardin ». Faux. Même ce vide était planifié, pour avoir « le sentiment de s’être un peu reposée quand même ».

On prend ce qu’on peut, comme on peut, dans ces cas-là. Comme on croit être capable de le faire. Car ce dont on se croit incapable, ce serait juste de ne plus avoir le sentiment de s’être apaisée, mais juste de l’être, apaisée.

Notion intraduisible en parisien. Agressée par tous les pores de votre peau, vous finissez par jouer des épaules et baisser les yeux. Cette ville ne sait pas se taire, elle ronronne sans cesse dans vos tympans. Bien dressées par leur maîtresse, les parisiens sont toujours là, partout, tout le temps. Habilement relayés par les touristes fanatiques en juillet et août, ils occupent chaque recoin du terrain. Même les immeubles prennent part au complot. Ne laissant qu’une bande vaguement bleue entre leurs toits rectilignes. Ils ont tout compris les parisiens, vous les voyez, vous, lever les yeux au ciel de temps en temps ?

N’y a-t-il que moi, apprenti parisienne, qui n’ait jamais eu envie de crier, emportée dans les couloirs du métro bondé, un rageur « STOP » à la foule ? Juste immobiliser ces visages sans saveur le temps de les contempler. Juste m’arrêter 2 bonnes minutes en plein milieu pour lire une affiche.

Cette ville est fascinante, c’est sûr, mais à cet instant je ne pense qu’à une chose, un mot : une trêve, je ne demande qu’une trêve.

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